Polarisation de l’emploi : les ouvriers travaillent plus rarement dans leur commune de résidence que les cadres

L’évolution de l’urbanisation, l’augmentation du coût du logement, les mobilités professionnelles qui se développent ne permettent pas toujours aux actifs occupés d’être proches de leur lieu de travail. Le taux de polarisation fait apparaître le rapport entre les emplois et le lieu de vie des actifs occupant un emploi. Son évolution dans le temps est un outil pour l’organisation des villes et des moyens de transports.

Méthodologie

L’indicateur

Le taux de polarisation met en rapport le nombre d'emplois sur la commune et le nombre d'actifs occupés (ayant un emploi) résidant sur la commune.
Un taux de polarisation proche de 0 caractérise une commune « résidentielle », qui ne dispose que de très peu d'emplois. Un taux nettement supérieur à 1 caractérise une ville qui attire chaque jour un nombre élevé d'actifs occupés. Il y a équilibre lorsque le taux est égal à 1, les départs quotidiens vers le lieu de travail sont dans ce cas équivalents en volume aux arrivées quotidiennes d'actifs occupés. Un taux de polarisation de 1,4 pour les cadres signifiera que pour 140 emplois de cadres offerts sur la commune, seuls 100 cadres résident sur la commune.

Champ

Il est disponible depuis le niveau communal.

Source

Cet indicateur est construit à partir du recensement de la population de l’Insee.

Précaution de lecture

L’indicateur ne renseigne pas les distances moyennes et les temps moyens de déplacements domicile-travail.

Le contexte

En France, l’emploi reste encore largement concentré dans les pôles urbains. En 2012, deux tiers des salariés quittent leur commune de résidence pour aller travailler, un tiers travaillent dans leur commune de résidence. D’une manière générale, les actifs qui résident dans les communes périurbaines, moins pourvues d’emploi que les pôles urbains, quittent plus généralement leur commune pour aller travailler.

Apports de l’indicateur

Les territoires se distinguent par leur plus ou moins grande offre en termes d’emplois. Cet indicateur met en lumière les communes caractérisées par un profil résidentiel, où les actifs travaillent majoritairement à l’extérieur, et celles attractives sur le plan de l’emploi. Dans ce dernier cas, les actifs sédentaires, travaillant et résidant dans la même commune, sont fortement représentés, et la commune attire quotidiennement sur son territoire un nombre important d’actifs qui n’y vivent pas. Le résultat n’a d’intérêt que lorsqu’il est comparé à la zone d’emplois de référence de la commune, dans la mesure où les emplois restent pourvus en fonction des qualifications sur un bassin qui dépasse les frontières communales.

L’intérêt de l’indicateur se trouve surtout dans la possibilité de décliner la polarisation de l’emploi en fonction des catégories socio-professionnelles. L’intensité des mobilités domicile-travail dépend en effet fortement de cette variable. Les ouvriers sont en général les salariés les plus mobiles1. Cela signifie que c’est dans ce groupe que la part des individus qui travaillent dans une commune sans y vivre est la plus grande. En effet, les choix résidentiels de cette catégorie demeurent contraints compte-tenu de leurs niveaux de ressources plus faibles. Leur lieu de travail se situe aussi plus souvent dans des grands établissements éloignés des zones résidentielles. Les déplacements domicile-travail entre communes péri-urbaines sont dès lors plus fréquents pour ce groupe. Un paradoxe est ainsi soulevé. Les individus aux ressources les plus limitées sont ceux qui résident le plus loin de leur lieu de travail. La situation inverse est observée pour les cadres, qui disposent de plus de moyens pour se déplacer mais habitent plus souvent sur leur commune de travail que les ouvriers.

Le taux de polarisation révèle ainsi le décalage entre les emplois offerts localement et la spécialisation de la main d'œuvre résidante. Sur l’ensemble du territoire français, l’emploi reste encore largement concentré dans les pôles urbains. En 2012, deux tiers des salariés quittent leur commune de résidence pour aller travailler. Un tiers des salariés travaillent dans leur commune de résidence. Les communes aux plus forts taux de polarisation sont dans la plupart des cas celles caractérisées par un profil industriel, concentrant un très grand nombre d’emplois.

Par exemple, pour la commune de Lescar (environ 10 000 habitants, Pyrénées-Atlantiques), le taux de polarisation atteint 1,43 en 2012. Le territoire totalise ainsi nettement plus d’emplois au lieu de travail (6 346) que d’actifs occupés au lieu de résidence (4 437). Toutefois, il faut tenir compte du fait que les emplois du territoire ne sont pas occupés intégralement par les actifs y résidant, puisque de fait un certain nombre d’entre eux quittent leur lieu de résidence pour aller travailler tandis que d’autres migrent quotidiennement vers Lescar dans le même but.

De fortes inégalités émergent selon les catégories socio-professionnelles. Le taux de polarisation n’atteint que 0,82 auprès des cadres, contre 0,96 pour ce groupe au niveau de la zone d’emploi de Pau. Cela signifie que peu de cadres se déplacent vers une autre commune pour travailler. A l’inverse, le taux de polarisation est extrêmement élevé pour les employés (1,94) et les ouvriers (1,93). Cela signifie que les individus appartenant à ces groupes et résidant à Lescar quittent massivement la commune pour se rendre sur leur lieu de travail.

Les communes revêtent des profils très divergents, comme en témoigne le tableau indiquant les valeurs extrêmes. Le taux de polarisation le plus élevé de France métropolitaine s’observe à Rungis (Val-de-Marne) et le plus faible à Saint-Pathus (Seine-et-Marne).

  1. D'après nos calculs portant sur les communes de plus de 5 000 habitants de France métropolitaine, les taux de polarisation de l’emploi sont plus souvent élevés pour les ouvriers que pour les autres catégories socioprofessionnelles. Les cadres se classent en deuxième position.

Que faire de cet indicateur ?

Le défi du plein emploi reste tributaire de facteurs macroéconomiques et de la transformation en cours de l’économie depuis le milieu des années 70. La courbe du chômage ne peut s’infléchir sous de simples décisions locales. Le contexte d’incertitude économique actuel contraint de plus les collectivités à agir avec des moyens budgétaires contraints. Les enjeux relatifs au chômage et à l’emploi sont néanmoins porteurs de dynamiques locales. Les déplacements des salariés sont une des illustrations quotidiennes du fonctionnement d’une zone d’emploi et des relations entre ses territoires. Cela ouvre la porte à des marges de manœuvre aux acteurs locaux, tout particulièrement à l’échelon intercommunal.

Des dispositifs incitatifs peuvent être conçus pour favoriser les conditions propices à l’implantation et au maintien des entreprises sur le territoire, à condition de travailler en partenariat à des échelles élargies, de la zone d’emploi à la région.
Du côté de la demande, l’accompagnement à l’insertion dans l’emploi constitue un levier pertinent. Cela peut se traduire selon de multiples modalités : aides à l’orientation professionnelle, actions de formations qualifiantes, soutien aux personnes sans emploi ou en emploi précaire en réseau avec les entreprises, aides à la mobilité, prise en charge des enfants en bas-âge et des jeunes enfants hors temps scolaire, etc…

Les mesures en faveur de la qualité des logements représentent aussi, de manière indirecte, un déterminant de l’emploi sur les territoires. Disposer de conditions d’hébergement satisfaisantes contribue au maintien ou au retour à l’emploi. Vivre dans un logement vétuste ou en situation de sur-peuplement, ou ne correspondant pas aux exigences des actifs en termes d’équipement, constitue un frein à la progression ou à l’accès dans l’emploi sur un territoire.

Enfin, l’engagement d’une démarche prospective sur l’avenir du territoire permet de mieux anticiper les évolutions économiques à venir en fonction des caractéristiques de la population. L’implication dans des actions de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) va par exemple en ce sens. Cela peut permettre de mettre en cohérence les besoins en termes d’emplois d’une entreprise et les ressources en termes de salariés et de compétences d’un territoire, notamment à l’appui de formations des populations aux besoins actuels et futurs.

Plus largement, cet indicateur peut servir de témoin de l’apport de la population à la richesse locale. Des valeurs de taux de polarisation extrêmement faibles révèlent des situations où les actifs quittent dans des proportions élevées la commune pour se rendre sur leur lieu de travail. Ce sont dans ce cas autant moins d’individus susceptibles de fréquenter les commerces et équipements locaux en journée. Ceux-ci auront des besoins spécifiques sur la commune après la journée de travail et en dehors des jours de travail. A contrario, des valeurs élevées indiquent des flux importants de navetteurs en direction de la commune en journée. Cela suggère ainsi pour les pouvoirs publics de répondre aux besoins créés par ces migrations quotidiennes en termes de services (transports collectifs, aires de covoiturage, commerces…).


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L’objet de cet article est de mettre à disposition une approche globale des enjeux liés à l’indicateur, croisée par une présentation des spécificités territoriales. Si vous souhaitez aller au-delà de l’analyse présentée dans ce site, et notamment obtenir des valeurs pour un territoire (quartier, commune, intercommunalité, département, région, …) vous pouvez prendre contact avec le Compas qui dispose d’outils spécifiques adaptés à votre demande.

Enfin, le Compas a créé un outil extranet accessible par abonnement qui reprend les indicateurs clés d’un territoire déterminé, des possibilités de comparaisons spatiales, des cartographies et un suivi de ces indicateurs dans le temps. Si vous souhaitez nous contacter, le Compas reste à votre disposition : contact@compas-tis.com

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