Plus diplômés mais moins reconnus, les jeunes sont les premières victimes du chômage et de la déqualification

L’intégration dans l’emploi durable demeure très fragile pour les jeunes. Dans un contexte de crise économique et de chômage élevé, le phénomène de déqualification des jeunes est un bon indicateur de fonctionnement du marché du travail. Cet instrument de mesure est particulièrement utile pour éclairer les politiques publiques locales tournées vers l'insertion des jeunes dans l'emploi.

Méthodologie

L’indicateur

Il mesure la déqualification des jeunes, en mettant en rapport la part des jeunes actifs de haut niveau de formation qui occupent un emploi d’employé ou d’ouvrier, ou qui sont au chômage, parmi l'ensemble des jeunes actifs de hauts niveaux de formation.

Champ

Il est disponible depuis le niveau infra-communal (par un regroupement d’Iris1) jusqu’au niveau national. Les données sont uniquement disponibles pour les communes qui comportent des Iris. La population concernée est celle des jeunes entre 15 et 29 ans de haut niveau de formation (ayant un diplôme de niveau Bac+2 ou plus).

Source

Cet indicateur est construit à partir des fichiers détail du recensement de la population de l’Insee.

Précaution de lecture

L’indicateur se base sur le diplôme. Celui-ci ne résume pas à lui seul le niveau de formation. Avec l’âge, les personnes ayant acquis de l’expérience ont pu se former par elles-mêmes ou dans le cadre professionnel.

  1. IRIS : Îlots Regroupés pour l’Information Statistique. Les IRIS sont le plus petit niveau géographique de déclinaison des indicateurs de l’INSEE. Compte-tenu de la faiblesse des effectifs dans les IRIS (2 000 habitants en moyenne) des jeunes concernés par la déqualification, il est préférable d’analyser ces indicateurs sur un regroupement d’IRIS (l’ensemble des quartiers de la politique de la ville d’une agglomération par exemple).

Le contexte

Dans son ensemble, la jeunesse subit de façon accentuée les effets de la crise. L’accès à un emploi durable est lent et difficile pour la majorité des jeunes. Le chômage touche presque un jeune actif sur quatre. L’activité professionnelle est le plus souvent marquée par les stages, le chômage et les bas salaires, pour une très grande partie des jeunes.

La jeunesse est particulièrement fragilisée par la situation de l’emploi. En moyenne, les jeunes entrent dans l’emploi vers 23 ans, mais n’obtiennent leur premier CDI que vers 27 ans.
Ils sont les premiers concernés par les contrats précaires. Ainsi, 49 % des jeunes de 16 à 24 ans qui occupent un emploi sont en situation précaire (contre seulement 9 % des personnes de 25 à 65 ans). De plus, le risque face au chômage et à la précarité de l’emploi reste très différencié selon leur qualification. Toutefois, le diplôme n’offre que très partiellement un accès au type de poste visé.

En même temps, les jeunes sont de plus en plus diplômés. Seuls 20% des jeunes nés au début des années 50 ont obtenu le bac, contre 74% aujourd’hui. Une partie très réduite (environ 10% en 2013) des jeunes de 18 à 24 ans qui ne sont pas en études inclue les « sortants précoces », tels que définis par le ministère de l’Education, c’est-à-dire ceux qui n’ont aucun diplôme ou seulement le brevet. C’est quatre fois moins qu’il y a trente ans.

Aujourd’hui, le niveau de diplôme est bien un facteur essentiel d’accès au monde professionnel, mais il ne suffit pas à garantir une protection face au chômage, surtout pour les jeunes. De plus, pour les primo-accédants au marché du travail, il existe un fort décalage entre le niveau de diplôme atteint et la qualification de l’emploi obtenu. L'offre d'emplois qualifiés n’est pas suffisante par rapport à l’offre de main d’œuvre diplômée. Ainsi, certains jeunes diplômés sont prêts à accepter un emploi pour lequel leur niveau de formation initiale dépasse celui théoriquement requis, ou à percevoir un salaire inférieur à celui correspondant théoriquement à leur niveau d’instruction (avec pour beaucoup la recherche de stages pour acquérir de l’expérience professionnelle).

Apports de l’indicateur

L’indicateur contribue à la mesure de la précarité de l’emploi chez les jeunes en mettant en rapport l’écart contradictoire entre les deux tendances décrites ci-dessus (niveau de formation qui progresse et situation de l’emploi qui se dégrade). Dans un contexte de crise économique et de chômage élevé, le phénomène de déqualification est un bon indicateur de fonctionnement du marché du travail.

Les départements des Hautes-Alpes, de la Corse (Haute-Corse et Corse-du-Sud), de la Dordogne et de la Haute-Marne affichent des niveaux de déqualification particulièrement élevés.
Par exemple, pour la commune de Saint-Dizier (environ 25 000 habitants, Haute-Marne), près de 40% des 15-29 ans de haut niveau de formation sont employés ou ouvriers ou au chômage. Pour cette commune, plus d’un tiers des jeunes de haut niveau de formation occupent donc un emploi en dessous de leur qualification ou sont au chômage. A l’inverse, les territoires parmi lesquels l’insertion des jeunes diplômés est la meilleure sont majoritairement situés en région parisienne, là où se trouvent aussi une grande partie des postes à responsabilité.

Que faire de cet indicateur ?

L’emploi est lié à la croissance économique, qui elle-même dépend en grande partie de facteurs extérieurs aux politiques locales. Une commune ne décrète pas, loin s’en faut, la baisse du chômage, et encore moins pour une population spécifique comme celles des jeunes.
Pour autant, la déqualification de la jeunesse a de nombreux effets pervers que les collectivités doivent traiter. Tout d’abord, il y a un sentiment d’injustice et d’incompréhension des jeunes. Ce sont par ailleurs les jeunes femmes qui sont le plus souvent concernées par cette situation. L’investissement dans des études génère une demande de retour. Or celui-ci n’arrive pas ou tardivement dans le parcours professionnel. De plus, pour les plus jeunes l’effet est dévastateur. Dans les territoires de la politique de la ville, les plus jeunes s’interrogent sur l’utilité de poursuivre des études si celles-ci se traduisent par l’occupation d’un emploi non qualifié et faiblement rémunéré. De même, les personnes immigrées ou de nationalité étrangère connaissent un effet de déqualification renforcé.

Les politiques publiques locales agissent aussi sur l’insertion dans l’emploi par le biais de la demande. Des actions peuvent contribuer à améliorer l’accès et le maintien dans l’emploi des jeunes : par exemple des démarches d'aide à l’orientation professionnelle, des actions de formations qualifiantes, un soutien aux jeunes sans emploi ou en emploi précaire en réseau avec les entreprises, une aide à la mobilité, ou encore la prise en charge des enfants en bas-âge et des jeunes enfants hors temps scolaire pour les jeunes parents concernés.

Pour être efficaces, ces actions d’aide à l’insertion doivent être mises en œuvre à proximité des populations. Il semble plus pertinent de les envisager à l’échelon intercommunal, en partenariat avec les autres pouvoirs publics selon leurs champs de compétences.


Les liens pour en savoir plus :

Le diplôme, une arme contre le chômage

Le chômage marque la jeunesse, mais frappe aussi les plus âgés

Que deviennent les étudiants ?

De moins en moins de jeunes sans diplôme

14 % de la population a un diplôme supérieur à Bac+2

Emploi et chômage des 15-29 ans en 2014. Stabilisation des taux d’activité, d’emploi et de chômage

Le taux de chômage selon le diplôme

L’objet de cet article est de mettre à disposition une approche globale des enjeux liés à l’indicateur croisée, par une présentation des spécificités territoriales. Si vous souhaitez aller au-delà de l’analyse présentée dans ce site, et notamment obtenir des valeurs pour un territoire (quartier, commune, intercommunalité, département, région, …) vous pouvez prendre contact avec le Compas qui dispose d’outils spécifiques adaptés à votre demande.

Enfin, le Compas a créé un outil extranet accessible par abonnement qui reprend les indicateurs clés d’un territoire déterminé, des possibilités de comparaisons spatiales, des cartographies et un suivi de ces indicateurs dans le temps. Si vous souhaitez nous contacter, le Compas reste à votre disposition : contact@compas-tis.com

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