Mères ou étudiantes, quel profil des jeunes femmes par territoire ?

La progression de l'accès aux études des jeunes femmes a entrainé un recul de l'âge moyen de leur première grossesse. Pour autant, ce constat est très nuancé en fonction des territoires, tout particulièrement au sein des quartiers de la politique de la ville. L'indicateur présenté ici offre une mesure de la spécialisation des territoires en fonction du nombre de jeunes étudiantes et de jeunes mères, la seconde appelant des réponses locales adaptées que l'indicateur permet de spatialiser.

Méthodologie

L’indicateur

Il met en rapport le nombre de jeunes mères de 18 à 24 ans ayant au moins un enfant à charge avec le nombre de jeunes femmes scolarisées du même âge.

Champ

L'indicateur est disponible depuis le niveau infra-communal jusqu’au niveau national. Les données sont uniquement disponibles pour les communes qui comportent des Iris.

Source

Cet indicateur est construit à partir des fichiers détail et du recensement de la population de l’Insee.

Précaution de lecture

L’indicateur peut comporter des doubles comptes. Certaines femmes de 18 à 24 ans peuvent être comptabilisées à la fois parmi les jeunes mères et parmi les jeunes étudiantes. Néanmoins, ces doubles-comptes sont rares car très peu d’étudiantes sont mères de famille.

Le contexte

La situation de la jeunesse quant à la parentalité revêt différentes facettes selon les territoires. En milieu urbain, les jeunes des quartiers populaires en difficulté sont plus souvent parents que ceux résidant dans le reste de l’agglomération. Les jeunes femmes sont plus souvent concernées : à âge identique, les premières sont, au niveau du territoire métropolitain, trois fois plus souvent parents que les seconds. Ceci tient, pour l’essentiel, à une mise en couple en moyenne plus précoce pour les jeunes femmes ainsi qu’à la monoparentalité.

Mises en couple précoces, maternités précoces…, constituent parfois, en particulier pour des jeunes femmes de milieux très modestes voire défavorisés, une manière particulière d’accéder à un statut d’adulte susceptible de leur octroyer une certaine reconnaissance sociale. Rappelons qu’aujourd’hui en France métropolitaine, les femmes ont en moyenne leur premier enfant à 28 ans, soit quatre ans plus tard qu’à la fin des années 1960.

En même temps, les femmes voient leur niveau de formation progresser plus vite que celui des hommes. La part des femmes de haut niveau de formation (Bac+2 et plus) est passée de 10% en 1990 à 27% en 2012, contre une évolution de 12% à 26% pour les hommes sur la même période. Plus le niveau de formation est important et plus l’âge d’arrivée du premier enfant est tardif.

Apports de l’indicateur

L’indicateur croise ces deux types de parcours féminins et permet d’identifier de manière schématique les profils des quartiers en fonction d’une orientation étudiante (et majoritairement sans enfant) ou une orientation pas ou peu étudiante synonyme d’une part plus élevée d'enfants. Les quartiers qui se situent dans ce dernier cas font face, plus que les autres, à des besoins en équipement et en accompagnement en direction de ces jeunes mères. Partant du postulat que les jeunes femmes non scolarisées sont davantage susceptibles de devenir mère, l’indicateur permet également de cibler les quartiers où les besoins en équipement et accompagnement envers les jeunes enfants seront les plus prononcés dans les années à venir.

De forts écarts s’observent entre territoires, tout particulièrement à l’échelle infra-communale, entre les différents quartiers des agglomérations. La métropole de Brest en offre une bonne illustration. Avec un taux de scolarisation des femmes de 18-24 ans de 11 points supérieur à la moyenne nationale (66% contre 55% en France métropolitaine en 2012), il s’agit d’un territoire fortement universitaire au sein duquel on observe une surreprésentation de jeunes étudiantes.

Un positionnement global se dégage : plus la part de jeunes mères est forte, plus celle des jeunes étudiantes est faible (cf. graphique ci-dessus). Il est intéressant de se pencher sur deux quartiers qui s’écartent de cette tendance. Parmi les quartiers à forte présence de jeunes étudiantes, le quartier A présente un taux de jeunes mères particulièrement élevé (88% de femmes de 18-24 ans scolarisées et 6,3% de femmes du même âge avec au moins un enfant à charge). Cette situation atypique met en lumière une relative mixité entre ces deux profils de jeunes femmes dans ce quartier, qui s’explique surtout par la proximité aux facultés et à la présence d’une résidence universitaire.

A l’inverse, il est possible de repérer des quartiers avec une forte surreprésentation des jeunes mères. C’est le cas du quartier B, qui comptabilise un très fort taux de jeunes mères (32 %) et un faible taux de jeunes étudiantes (26 %). Ce quartier est donc plus concerné que les autres par les besoins en mode de garde des jeunes enfants avec un plus faible niveau de vie (des emplois moins qualifiés et moins rémunérés et très souvent du temps partiel).

Que faire de cet indicateur ?

Les jeunes actifs sont en début de carrière professionnelle et ont, de fait, des salaires moins élevés. Ils sont plus touchés par le temps partiel, les contrats courts et le chômage. C’est tout particulièrement le cas des jeunes femmes. Lorsqu’elles ont un ou plusieurs enfants à charge, leur vulnérabilité sur le plan socio-économique peut s’avérer accrue. Même si toutes ne sont pas dans ce cas, la forte concentration de ce type de famille dans certains quartiers appelle des solutions adaptées.
Les leviers d’actions de soutien à la parentalité au niveau local peuvent d’abord consister en une offre adaptée en matière d’accueil collectif des jeunes enfants. Or, force est de constater que le nombre de places prévues à cet effet reste largement insuffisant sur la plupart des territoires. Les solutions peuvent s'élargir à une offre d'accueil adaptée en temps extrascolaire (activités périscolaires, centres de loisirs), ainsi qu'à travers une aide aux familles via les services de Protection maternelle et infantile (PMI).
Le domaine de l’hébergement est aussi essentiel. Faute de ressources suffisantes, le départ du domicile parental, ou l’accès à un logement adapté à l’enfant, peut s’avérer difficile pour ces jeunes femmes. L’accès à l’autonomie en matière de logement peut être facilité par les acteurs locaux à travers des aides spécifiques. Il peut s’agir de développement des établissements d’accueil mère-enfant, permettant un soutien matériel et psychologique, et faciliter la prise d’autonomie des jeunes mères.
Enfin, l’insertion professionnelle des jeunes mères constitue un enjeu fort. Des mesures d’accompagnement permettent de répondre aux souhaits de retour à la scolarité ou d’aide à l'accès à l’emploi.


Les liens pour en savoir plus

Ressources et conditions de vie des jeunes adultes en France

Couples et familles, Insee référence, 2015

L’objet de cet article est de mettre à disposition une approche globale des enjeux liés à l’indicateur, croisée par une présentation des spécificités territoriales. Si vous souhaitez aller au-delà de l’analyse présentée dans ce site, et notamment obtenir des valeurs pour un territoire (quartier, commune, intercommunalité, département, région, …) vous pouvez prendre contact avec le Compas qui dispose d’outils spécifiques adaptés à votre demande.

Enfin, le Compas a créé un outil extranet accessible par abonnement qui reprend les indicateurs clés d’un territoire déterminé, des possibilités de comparaisons spatiales, des cartographies et un suivi de ces indicateurs dans le temps. Si vous souhaitez nous contacter, le Compas reste à votre disposition : contact@compas-tis.com

Les abonnés à Cabestan peuvent retrouver leurs données pour leur territoire en cliquant sur ce lien