Les jeunes de plus en plus confrontés aux difficultés d’insertion sur le marché du travail

Une grande partie de la jeunesse est concernée par la montée du chômage.
L'outil de mesure présenté ici vise à apprécier l'insertion professionnelle des jeunes dans les territoires afin de mieux comprendre les différences qui peuvent exister entre les territoires et par conséquent adapter les politiques publiques à l’importance et à l’évolution dans le temps de ces besoins.

Méthodologie

L’indicateur

Il mesure la part de jeunes en situation de décrochage, c’est-à-dire ceux qui ne sont ni en emploi ni en formation.

Champ

L’indicateur est disponible depuis le le niveau infra-communal jusqu’au niveau national. La population de référence est l’ensemble des jeunes de 15 à 24 ans. Sont considérés comme « ni en emploi ni en formation » les chômeurs, les hommes ou femmes au foyer et les autres inactifs. Les élèves, étudiants, stagiaires non rémunérés ne sont donc pas inclus. Il est aussi possible d’y intégrer un niveau complémentaire lié à l’absence de diplôme au-delà du brevet des collèges.

Source

Cet indicateur est construit à partir des recensements de la population de l’Insee.

Précaution de lecture

Les valeurs fournissent une information sur la situation des jeunes à la date du recensement, qui peut correspondre à une période transitoire choisie, voire bénéfique (engagements extra-professionnels, voyage à l’étranger, etc.). Les jeunes non comptabilisés parmi ce groupe peuvent ainsi s’inscrire dans une autre forme de qualification ou reconnaissance sociale : c’est le cas par exemple de ceux s’impliquant sur une période donnée dans des actions citoyennes ou humanitaires, ou encore de jeunes femmes investissant un rôle de mère…
A l’inverse, les jeunes considérés comme insérés peuvent l’être sous forme précaire (emploi occasionnel ou à temps partiel).

Le contexte

Sauf exceptions, la jeunesse subit dans l’ensemble de façon accentuée les effets de la crise économique. L’intégration dans l’emploi durable est lente et difficile pour la majorité d’entre eux. D’où l’ampleur du phénomène des jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation, en augmentation depuis le début de la crise économique. En 2012, ces jeunes représentaient 16 % de la classe d’âge des 15-24 ans en France métropolitaine, contre 13 % en 2007.

Ne connaissant pas plus en détail la situation réelle de ces jeunes ni en emploi ni en formation, nous ne pouvons ici que présupposer l’existence chez ces derniers de difficultés « potentielles » d’insertion. Plus large que les jeunes au chômage, cette catégorie recouvre des situations très hétérogènes où peuvent se cumuler plusieurs facteurs de vulnérabilité: jeunes découragés, jeunes au foyer familial, jeunes volontaires, jeunes en situation de handicap, jeunes en recherche d’orientation, jeunes profitant d’une année de césure, par exemple.

Ces situations sans emploi et sans formation peuvent devenir problématiques lorsqu’elles sont amenées à perdurer. Pour les jeunes femmes les moins qualifiées notamment, et de surcroît pour celles également jeunes mamans, le risque de subir - plus que de choisir - une « vie au foyer » peut devenir important. Ces difficultés sont aussi très fréquentes parmi les jeunes qui ont quitté l’école à la suite d’un échec scolaire, sans diplôme, et pour lesquels un retour vers la formation est souvent délicat.

Apports de l’indicateur

Cet indicateur permet de mesurer la part de ces jeunes sur les territoires, de rendre compte du nombre de jeunes qui sont à la fois « hors » système de formation et « hors » emploi (les demandeurs d’emploi sont sur le marché du travail).

Pour les acteurs locaux, une valeur élevée pour un territoire constitue ainsi une alerte vis-à-vis de l’insertion des jeunes.

Parmi les territoires qui comptent un fort taux de jeunes ni en emploi ni en formation, on note une surreprésentation des communes du département du Nord, du Pas-de-Calais, de la Moselle ainsi que de l’Hérault. Ceux pour lesquels ce taux est particulièrement faible sont principalement localisés en Loire-Atlantique, Ille-et-Vilaine, dans les Yvelines et les Hauts-de-Seine. Ce taux est bien évidemment corrélé avec le taux de chômage des jeunes.

La question centrale de l’intégration dans l’univers professionnel reste fortement déterminée par le milieu d’origine. La situation économique des jeunes dépend pour beaucoup du soutien familial qu’ils peuvent -ou non- recevoir. Par conséquent, la part des jeunes ni en emploi ni en formation peut aussi s’expliquer par la situation des parents. Le graphique ci-dessous illustre cette forte corrélation entre précarité des parents et décrochage des jeunes, même si les seconds ne sont pas systématiquement enfants des premiers.

Par exemple, pour la commune de Louviers (environ 18 000 habitants, Eure), ce sont plus d‘un quart des jeunes de 15-24 ans qui ne sont ni en emploi ni en formation (26,4%). La part des jeunes en décrochage y est nettement au-dessus de la moyenne nationale (16,4%). Ce taux élevé est à mettre en parallèle avec le fort niveau de pauvreté de la génération plus âgée (28% des 40-49 ans résidant à Louviers se trouvent en situation de pauvreté, au seuil de 60% du niveau de vie médian), parmi laquelle se trouvent très probablement les parents de ces jeunes.

Cette catégorie de jeunes n’est pas spécifique à la France. De nombreux pays européens ont connus une augmentation de ce public depuis le début de la crise économique (notamment la Grèce, le Luxembourg, l’Irlande, l’Italie, et l’Espagne).

Que faire de cet indicateur ?

Les jeunes en décrochage scolaire et professionnel représentent un public peu pris en compte dans le débat public. Les obstacles à leur insertion sur les territoires posent la question des réponses publiques à apporter pour prévenir les risques d’exclusion et d’isolement relationnel auxquels ils sont susceptibles de faire face.

Le chômage explique en grande partie cette réalité. Avec les Missions Locales, les collectivités locales peuvent développer des actions de soutien aux jeunes qui sont dans cette situation de ni/ni, c’est-à-dire ni en emploi ni en formation.

Plus globalement, les besoins de ce public appellent l’impulsion de politiques locales à destination de la jeunesse. Le champ d’action est vaste et souvent insuffisamment balisé pour les acteurs locaux. Une politique de jeunesse s’inscrit nécessairement dans la transversalité, et doit être traitée à chaque niveau de l’action municipale et intercommunale. Considérer les jeunes comme une ressource, comme facteur de dynamisme et de changement, nécessite obligatoirement de créer les conditions de leur insertion territoriale. C’est pourquoi une politique de jeunesse doit se construire avec eux dans une logique participative, afin d’encourager toutes leurs initiatives et leurs projets dans des domaines très divers (environnement, sport, nouvelles technologies, etc…).


Les liens pour en savoir plus

Les jeunes, de l'école à l'emploi

Les jeunes sans diplôme sont inégalement répartis sur le territoire

Emploi et chômage des 15-29 ans en 2014. Stabilisation des taux d’activité, d’emploi et de chômage

Le chômage marque la jeunesse, mais frappe aussi les plus âgés

L’objet de cet article est de mettre à disposition une approche globale des enjeux liés à l’indicateur croisée par une présentation des spécificités territoriales. Si vous souhaitez aller au-delà de l’analyse présentée dans ce site, et notamment obtenir des valeurs pour un territoire (quartier, commune, intercommunalité, département, région, …) vous pouvez prendre contact avec le Compas qui dispose d’outils spécifiques adaptés à votre demande.

Enfin, le Compas a créé un outil extranet accessible par abonnement qui reprend les indicateurs clés d’un territoire déterminé, des possibilités de comparaisons spatiales, des cartographies et un suivi de ces indicateurs dans le temps. Si vous souhaitez nous contacter, le Compas reste à votre disposition : contact@compas-tis.com

Les abonnés à Cabestan peuvent retrouver leurs données pour leur territoire en cliquant sur ce lien