Les inégalités entre enfants, une vulnérabilité très diversifiée selon les territoires

Cet indicateur met en évidence l’accumulation des difficultés pour certains enfants. Dans le cadre des politiques de prévention pour l’enfance et la jeunesse, pour le suivi et l’anticipation des besoins pour les politiques éducatives, l’indicateur de vulnérabilité des enfants est un outil riche d’enseignement. Sa construction a été travaillée avec des professionnels du social.

Méthodologie

L’indicateur

L’indicateur synthétique de vulnérabilité des jeunes enfants est construit à partir de la combinaison de plusieurs variables. Son calcul repose sur une approche de cumul de facteurs de risques sur le plan socio-éducatif. Un enfant est considéré comme vulnérable dès lors qu'il présente plusieurs facteurs de risques sur un total de sept, liés au type de famille, à la situation des parents par rapport à l'emploi et au niveau de formation, ainsi qu'au type de logement dans lequel il vit.

Champ

L’indicateur porte sur les enfants de moins de 11 ans et est disponible depuis le niveau infracommunal jusqu’au niveau national. Les données sont disponibles uniquement pour les communes qui comportent des Iris.

Source

Cet indicateur est construit à partir des fichiers détail du recensement de la population de l’Insee.

Le contexte

En France, les progrès en matière de démocratisation de l’éducation sont incontestables. Au cours des dernières décennies, les catégories les moins favorisées ont bénéficié d’un accès élargi au collège et au lycée. L’origine sociale des enfants reste néanmoins source de profondes inégalités qui déterminent pour partie leur réussite scolaire et professionnelle.

Apports de l’indicateur

Cet indicateur offre une vision synthétique de la vulnérabilité des enfants sur un territoire en intégrant différents angles d’analyse. Dans son interprétation, il faut préciser qu’aucun des sept facteurs utilisés ne constitue à lui seul un facteur majeur de fragilité des enfants, et n'est le signe avéré d'une difficulté scolaire ou sociale. En revanche, la probabilité qu'un enfant présente des difficultés socio-éducatives augmente fortement dès qu'il se retrouve dans plusieurs des situations décrites. C'est le cumul de plusieurs facteurs de risque qui crée la vulnérabilité et ce quel que soit le quartier d'habitation de l'enfant.
Le choix de ces critères permet de retrouver les principales dimensions en lien avec la réussite éducative, sans qu'il n'y ait nécessairement une relation causale. Elles s'articulent autour de l'origine socio-économique (capital culturel, ressources des ménages, reproduction des schémas parentaux, ...), de la structure familiale (monoparentalité, taille des fratries) et des conditions de logement. Plusieurs variables ont été retenues pour approcher le critère économique.

L’indicateur est à interpréter en fonction de niveaux de comparaison, permettant de situer le territoire à la lumière notamment des références départementales et régionales. Les territoires sont ainsi hiérarchisés en fonction du niveau de vulnérabilité des enfants qui y habitent. L’intérêt réside dans la possibilité d’identifier les effets de concentration des facteurs de risque, c’est-à-dire les territoires les plus touchés.

Par exemple, pour la ville de Carpentras (Vaucluse, environ 28 000 habitants), 24 % des enfants de moins de 11 ans sont considérés comme vulnérables. Ce niveau se situe largement au-dessus de la moyenne du département du Vaucluse (16,8 %) et de la moyenne de la région PACA (16,2 %). Ces territoires présentent cependant des taux d’enfants vulnérables nettement plus élevés que la moyenne nationale (13,4 %).
Les degrés de vulnérabilité varient en fonction des tranches d’âges. Pour la commune de Carpentras, ce sont les enfants de 6 à 10 ans qui sont les plus exposés (26 % d’enfants vulnérables), contre 23 % des 3-5 ans et 21 % des moins de 3 ans.

Au niveau national, les départements de Seine-Saint-Denis et du Nord sont surreprésentés parmi les communes comptant le plus d’enfants vulnérables. A l’opposé, les communes situées en Gironde, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique et Yvelines sont majoritaires dans le bas du classement, parmi les communes avec les parts les plus faibles d’enfants vulnérables.
Au niveau infracommunal, les enfants résidant au sein des quartiers prioritaires de la politique de la ville sont en général plus susceptibles que les autres de présenter des difficultés socio-éducatives au cours de leur parcours scolaire.

Que faire de cet indicateur ?

La détérioration de la situation économique pèse sur les familles et par conséquent sur les enfants. L’égalité des chances est en jeu. Les collectivités disposent de leviers pour contrer les effets d’un trop fort déterminisme social.

Il convient d’abord de rappeler qu’il ne s’agit pas d’un problème d’enfants mais de parents. Un enfant vulnérable n’existe pas en tant que tel, mais uniquement en fonction de la situation de ses parents (manque de qualification, précarité, chômage, situation d'immigration, etc.)
Il importe donc de prendre en compte la situation des familles. Les privations dont souffre l’ensemble des membres d’un ménage modeste se répercutent sur les enfants. Or, c’est avant tout dans les familles monoparentales ou les couples dont les deux adultes sont sans emploi que la vulnérabilité des enfants, sous le prisme de la pauvreté, est la plus prononcée. Les actions à envisager ont donc tout intérêt à s’orienter en priorité en faveur de ces familles. Elles peuvent se décliner à travers un soutien à la médiation familiale, du conseil à la fonction éducative, de l’offre périscolaire et d’équipements, ou encore par des politiques tarifaires spécifiques.

La prise en compte des enfants vulnérables dans les politiques publiques locales est essentielle. Elle permet de mieux cibler la territorialisation des actions à mener pour réduire les écarts. La prise en considération rapide de ces réalités permettra de réduire le coût pour la société à l’avenir. Cela implique évidemment une vision du territoire à long terme. Dans la plupart des cas, les conditions de vie pendant l’enfance déterminent amplement la situation économique et sociale d’un individu tout au long de son parcours. Des conditions favorables créent des retombées positives à moyen et long terme sur l’ensemble de la société et contribuent à prévenir de nombreux problèmes (délinquance, décrochage scolaire, soucis de santé, etc…). L’accès aux politiques publiques dès le plus jeune âge facilitera la construction de l’avenir personnel et professionnel de l’individu. En effet, les enfants et les jeunes recensés dans cet indicateur sont souvent ceux qui ont le plus faible recours aux politiques de droit commun (accès à la culture, aux loisirs, à la mobilité, à la poursuite d’études, …).

Les enjeux pour les collectivités locales concernent essentiellement les effets de sur-représentation de cet indicateur dans certains quartiers. Les départements peuvent par exemple agir sur la composition sociale des collèges, afin d’éviter la formation d’espaces de scolarisation et de sociabilisation ségrégués.
Cela peut aussi se traduire par des investissements dans des projets locaux de réussite éducative (PRE) en liaison avec les services académiques de l’Education nationale. Des dispositifs de soutien scolaire permettent par exemple de réduire les écarts en matière de réussite éducative.

Les solutions gagnent enfin en efficacité lorsqu’elles appréhendent la situation de l’enfant dans sa globalité (santé, état psychologique, équilibre familial, facteurs environnementaux, etc…). L’appréciation globale des difficultés d’un enfant ou d’un adolescent exige un partenariat élargi à tous les acteurs intervenant auprès d’eux. A cet égard, le défi est de synchroniser autant que faire se peut les dispositifs existants. C’est l’objet des contrats de réussite éducative en particulier.


Les liens pour en savoir plus

1,2 million d’enfants « de » pauvres

La France dépense de moins en moins pour l'éducation

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La santé des élèves de grande section de maternelle en 2013 : des inégalités sociales dès le plus jeune âge


L’objet de cet article est de mettre à disposition une approche globale des enjeux liés à l’indicateur croisée par une présentation des spécificités territoriales. Si vous souhaitez aller au-delà de l’analyse présentée dans ce site, et notamment obtenir des valeurs pour un territoire (quartier, commune, intercommunalité, département, région, …) vous pouvez prendre contact avec le Compas qui dispose d’outils spécifiques adaptés à votre demande.

Enfin, le Compas a créé un outil extranet accessible par abonnement qui reprend les indicateurs clés d’un territoire déterminé, des possibilités de comparaisons spatiales, des cartographies et un suivi de ces indicateurs dans le temps. Si vous souhaitez nous contacter, le Compas reste à votre disposition : contact@compas-tis.com

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