Les familles monoparentales en situation de pauvreté, un public doublement fragile

Les situations de monoparentalités se développent en France. Bien qu’elles révèlent des réalités très différentes, les situations de pauvreté y sont beaucoup plus fréquentes que dans les autres catégories de ménages. L’indicateur permet ici de mesurer cette réalité par territoire.

Méthodologie

L’indicateur

Il mesure la part des familles monoparentales en situation de pauvreté, c’est-à-dire celles disposant de revenus inférieures à 60% du niveau de vie médian. Ce niveau de vie médian est celui qui partage la population en deux, autant de personnes ont un niveau de vie plus faible, autant de personnes ont un niveau de vie plus élevé. En 2012, ce seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie atteint 993 euros.

Champ

L'indicateur est disponible depuis le niveau communal jusqu’au niveau national.
Il prend en compte la composition de la famille (personnes seules, familles monoparentales, couples sans enfant, ou couples avec enfant(s)), en ramenant le revenu sur la base d’un équivalent personne seule.

Source

Les données sont issues du fichier Filosofi, créé à partir du rapprochement des fichiers fiscaux et sociaux.

Précaution de lecture

Le fichier Filosofi ne permet pas de comparer des valeurs dans le temps avant l’année 2012.

Le contexte

Les familles monoparentales ne constituent pas un public source de problème en soi. Elles ne rencontrent pas forcément de difficultés. Les situations de pauvreté sont tout de même plus fréquentes pour les familles monoparentales, du fait de la présence d’un seul revenu pour faire face aux charges fixes. Au niveau national, une famille monoparentale sur trois est pauvre. Cette situation accentue les difficultés plus qu’elle ne les crée. Les femmes sont largement plus concernées que les hommes. Plus des trois-quarts des familles monoparentales (83 % en France métropolitaine en 2012) ont en effet pour chef de ménage une femme. Les hommes sont sous-représentés du fait qu’à la suite d’une séparation, ils ont moins souvent la garde des enfants et/ou se remettent en général plus rapidement en couple.

Apports de l’indicateur

L'indicateur permet de repérer la population qui cumule deux facteurs de fragilité : la présence d’un seul parent et une précarité financière. L'intérêt est de mesurer le poids de ces populations parmi l’ensemble des familles monoparentales, pour prévenir un état de précarité sur le territoire. L’indicateur répond à ce besoin. Par exemple, pour la ville de Nevers (environ 35 000 habitants, Nièvre), ce sont 43% des familles monoparentales qui se trouvent en situation de pauvreté. La commune se classe nettement au-dessus de la moyenne nationale, où ce taux atteint un peu plus du tiers des familles monoparentales.

Cette valeur élevée est notamment expliquée par le poids important des familles monoparentales à Nevers: sur le territoire de l’intercommunalité dans laquelle la commune constitue la ville-centre, plus de 60 % d’entre elles résident à Nevers. Cette surreprésentation reflète une dynamique spatiale à l’œuvre au niveau national : le retour en centre-ville des ménages séparés. Après avoir quitté le logement familial généralement acquis en zone péri-urbaine, les personnes seules ou avec enfant(s) privilégient la recherche de logements de taille plus réduite et correspondant aux ressources de facto diminuées après la séparation. La proximité aux services (écoles, commerces, loisirs, administrations…) et des modes de garde pour jeunes enfants, constituent des facteurs d’attractivité propres aux centres-villes qui expliquent la forte part des familles monoparentales, et a fortiori celles en situation de pauvreté, dans ces espaces (les centres villes offrent aussi des logements locatifs privés accessibles aux familles monoparentales car moins chers mais souvent en mauvais état).

Parmi les différents types de ménage, les taux de pauvreté sont généralement nettement supérieurs pour les familles monoparentales. Pour l'exemple de la ville de Nevers (cf. graphique ci-dessus), les situations de pauvreté concernent d'abord les familles monoparentales (taux de pauvreté à 43%), et dans une moindre mesure les couples avec enfant(s) et les personnes seules.

Que faire de cet indicateur ?

La hausse de la part des familles monoparentales constitue l’une des transformations sociales majeures de notre société.
Toutes ces familles ne sont pas pour autant pauvres. Certaines catégories de familles monoparentales sont plus fragiles que d’autres. C’est tout particulièrement le cas des mères célibataires, qui sont en moyenne plus jeunes et moins diplômées que les mères séparées. Elles représentent donc un public plus fragilisé que les autres sur le marché du travail, notamment du fait du travail en temps partiel très fréquent, et sont plus exposées à la précarité.
Une forte part de familles monoparentales en situation de pauvreté témoigne de difficultés de vie quotidienne : temps passé avec les enfants au détriment de recherche d’emploi, abandon fréquent après la reprise d’un emploi suite aux diverses tâches qui s’accumulent, difficultés à répondre aux sollicitations scolaires ou difficultés à assurer seul(e) le développement et l’éveil de l’enfant. Compte tenu de leur niveau de vie limité, ces familles se privent plus souvent que les autres (vacances, loisirs, etc.).

Les collectivités ne sont pas démunies quant aux réponses à apporter à ces familles. Ces types de besoins sociaux appellent en premier lieu des soutiens à la parentalité, en particulier en direction de la petite enfance. Le développement de solutions d’accueil (crèches, haltes-garderies, l’offre périscolaire notamment), facilite le retour ou le maintien à l’emploi des parents seuls et exposés à la précarité. Des solutions peuvent s’envisager en faveur de la médiation familiale, du soutien et du conseil à la fonction éducative, et de l’offre en équipements, pour permettre à ces parents seuls de concilier vie familiale et vie professionnelle. Des politiques tarifaires adaptées, facilitant l’accès aux services publics, contribuent également à la prise en compte des besoins de ce public. La collectivité devra enfin prendre les mesures nécessaires d'adaptation des logements aux besoins des familles. La mixité sociale sur un territoire se jauge également par la diversité de la composition des ménages.


Les liens pour en savoir plus

Compas études n°16: Les structures familiales, dynamiques et logiques de répartition : le cas de Nantes Métropole

De plus en plus de familles monoparentales

La mesure de la pauvreté

Les Français divorcent moins, mais se séparent davantage

La pauvreté selon le type de ménage


L’objet de cet article est de mettre à disposition une approche globale des enjeux liés à l’indicateur croisée par une présentation des spécificités territoriales. Si vous souhaitez aller au-delà de l’analyse présentée dans ce site, et notamment obtenir des valeurs pour un territoire (quartier, commune, intercommunalité, département, région, …) vous pouvez prendre contact avec le Compas qui dispose d’outils spécifiques adaptés à votre demande.

Enfin, le Compas a créé un outil extranet accessible par abonnement qui reprend les indicateurs clés d’un territoire déterminé, des possibilités de comparaisons spatiales, des cartographies et un suivi de ces indicateurs dans le temps. Si vous souhaitez nous contacter, le Compas reste à votre disposition : contact@compas-tis.com

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