Le vieillissement de la population, un enjeu à anticiper pour les territoires

La France est un pays qui vieilli fortement. Pour autant, ses territoires sont marqués par des dynamiques très diverses. L’indicateur de vieillissement à venir permet de mesurer pour les 15 prochaines années, l’évolution du nombre de personnes de plus de 75 ans et donc les besoins pour le grand âge (mobilité, adaptation de la ville, solidarités intergénérationnelles, …).

Méthodologie

L’indicateur

Il met en rapport le nombre de personnes âgées (entre 60 et 74 ans) avec le nombre de personnes très âgées (plus de 75 ans). Il offre une comparaison entre la proportion de la population qui arrivera au grand âge dans les 15 années qui viennent et celle qui y est déjà. Son intérêt est de fournir une vision prospective du vieillissement à venir sur les territoires.

Champ

Il est disponible depuis le niveau infracommunal jusqu’au niveau national.

Source

Cet indicateur est construit à partir du recensement de la population de l’Insee.

Précautions de lecture

L’indicateur ne prédit pas avec exactitude l’ampleur du phénomène de vieillissement à venir au niveau local. Il se base sur les tendances actuelles, et ne mesure donc pas les futures migrations résidentielles des personnes âgées. Mais ces effectifs influenceront probablement peu sur la tendance globale. Même si l’on constate une hausse des migrations résidentielles lors du passage à la retraite, la mobilité des séniors décroit avec l’âge et reste plus faible que celle observée pour le reste de la population. En région parisienne, les mobilités sont cependant plus fortes et s’expliquent par le retour vers les territoires familiaux ou vers les résidences secondaires, ce qui modifiera à terme les besoins.
L’indicateur inclut également les résidents en maison de retraite. Pour les communes qui disposent d’un établissement d’accueil pour personnes âgées, les résultats peuvent être influencés par les personnes qui y résident.

Le contexte

La population française vieillit. Même si le phénomène n’est pas nouveau, il devrait s’accélérer dans les années à venir. La proportion des 75 ans et plus devrait doubler de 8 à 16% entre 2010 et 2060.
Deux principaux facteurs expliquent le phénomène de vieillissement de la population. L’augmentation du nombre d’aînés est d’abord le reflet du passage au-delà de 60 ans des générations issues du baby-boom. Le deuxième facteur est l’allongement de la durée de vie. Au cours des 60 dernières années, hommes et femmes ont gagné 14 ans de vie en moyenne. Le niveau de santé de la population s’améliore, du fait de nombreux facteurs (moindre pénibilité physique du travail, progrès réalisés en matière d’accès aux soins, etc…).

Apports de l’indicateur

L’indicateur d’évolution des générations âgées comporte l’intérêt d’apporter un éclairage prospectif sur ces évolutions futures au niveau local. Les valeurs de l’indicateur sont d’autant plus élevées que le vieillissement prévu sera fort.
Le rythme et l’intensité du vieillissement auxquels les territoires sont confrontés varient fortement selon leur profil. L’histoire des territoires dessine différentes facettes du phénomène. Les territoires urbanisés avant les années 60 vieillissent actuellement selon un rythme plus élevé. Ceux urbanisés plus tardivement, au sein desquels l’accès à la propriété s’est majoritairement effectué au cours des années 80, vont connaître un vieillissement accru dans les 15 prochaines années.

Les plus fortes valeurs s’observent principalement en région parisienne, en périphérie du cœur de métropole, où l’urbanisation s’est enclenchée massivement mais plus tardivement que sur les autres territoires. Il s’agit surtout de communes situées dans l’espace périurbain francilien (Val d’Oise, Seine-et-Marne, Yvelines), qui ont connus un étalement urbain très fort au cours des années 70. Les communes aux plus faibles valeurs sont majoritairement marquées par un passé industriel, ou situées sur le pourtour littoral. Pour la commune de Colomiers (Haute-Garonne, environ 38 000 habitants) l’indicateur d’évolution des générations âgées s’élève à 1,85. Cela signifie que la part de 60-74 ans est près de deux fois supérieure à celle des 75 ans et plus. Pour cette commune, le vieillissement à venir, supérieur à la moyenne nationale, est donc relativement fort.

Ce graphique permet de situer les communes en fonction de l'évolution de leur population sur les quinze dernières années et du vieillissement prévu sur leur territoire dans les prochaines années. Sauf exceptions, la tendance générale met en avant une dynamique de peuplement où les communes dont la population a fortement augmentée sur cette période sont aussi celles concernées par un vieillissement à venir élevé. Pour les communes comportant un indice élevé, le processus de vieillissement va s’accroitre dans de plus fortes proportions, notamment du fait de l'augmentation de leur population sur les quinze-vingt dernières années. Cette dynamique nécessite une orientation adaptée des politiques publiques envers les besoins des seniors qui en découleront. A l'inverse, les communes comportant un indice faible ont déjà connu un processus de vieillissement de leur population. Il est fort probable que les dispositifs et infrastructures dédiés aux besoins des seniors y soient déjà engagés ou aboutis.

Que faire de cet indicateur ?

L’échelon local est directement concerné par le phénomène du vieillissement. L’augmentation de l’âge moyen de la population est synonyme d’accroissement des besoins pour les aînés. L’adaptation au phénomène et l’anticipation de son accentuation impliquent pour les pouvoirs publics de continuer à développer les infrastructures des territoires, en particulier dans le domaine du logement.

Tout autant que l’offre de service de maintien à domicile, celle en hébergement collectif adapté représente un enjeu fort. A cet égard, le soutien au développement de colocations entre seniors ou intergénérationnelles constitue un gage de préservation de lien social ainsi qu’une prévention face au risque de perte d’autonomie.

La progression des effectifs du quatrième âge nécessite également d’envisager des solutions de prise en charge des aînés d’ordre financier. Si rien n’est fait au plan local, seuls les plus fortunés auront les moyens d’achever leur vie dans des conditions favorables. Pour les plus démunis, les solidarités familiales seront de plus en plus dépendantes du rôle assuré par ceux qui aident le plus souvent les personnes âgées. Or, ces soutiens sont davantage le fait des 55-64 ans, qui voient leur proportion parmi la population diminuer. Le soutien aux associations œuvrant en faveur du maintien à domicile des personnes âgées deviendra donc indispensable.
Enfin, l’entrée en vigueur début janvier 2016 de la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement apporte une nouvelle dynamique à la prise en compte du phénomène de vieillissement dans les politiques publiques. Outre les moyens importants prévus pour revaloriser l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), l’amélioration des conditions de travail des aides à domicile, et le droit au répit des aidants, des soutiens conséquents pour le volet prévention de la perte d’autonomie sont envisagés. Les acteurs locaux ont l’opportunité de s’appuyer sur cette initiative nationale pour être force d’action à l’échelon local.


Les liens pour en savoir plus

Compas études n°7 : Les enjeux du vieillissement

La pauvreté s'accroît chez les plus âgés

Personnes âgées : l'hébergement au prix fort

Un outil pour mesurer les revenus des personnes âgées dans chaque commune

Dépendance des personnes âgées : des réponses inégales en Lorraine

Dépendance : les aidants sont des aidantes

635 000 personnes handicapées vieillissantes

Les retraités : un état des lieux de leur situation en France

L’action sociale des collectivités locales envers les personnes âgées. Une observation qualitative au-delà de l’aide sociale légale


L’objet de cet article est de mettre à disposition une approche globale des enjeux liés à l’indicateur, croisée par une présentation des spécificités territoriales. Si vous souhaitez aller au-delà de l’analyse présentée dans ce site, et notamment obtenir des valeurs pour un territoire (quartier, commune, intercommunalité, département, région, …) vous pouvez prendre contact avec le Compas qui dispose d’outils spécifiques adaptés à votre demande.

Enfin, le Compas a créé un outil extranet accessible par abonnement qui reprend les indicateurs clés d’un territoire déterminé, des possibilités de comparaisons spatiales, des cartographies et un suivi de ces indicateurs dans le temps. Si vous souhaitez nous contacter, le Compas reste à votre disposition : contact@compas-tis.com

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