Le sous-peuplement, une situation qui tend à se développer

Les notions de peuplement (surpeuplement, peuplement normal et sous-peuplement) sont essentielles pour l’urbanisme et le développement de l’offre de logements adaptés aux besoins des ménages. Le vieillissement de la population française amplifie l’accroissement de logements sous occupés. Cet indicateur permet de mesurer ces situations depuis le quartier jusqu’au niveau départemental. L’indicateur offre également la possibilité de comprendre ce que représente le surpeuplement et quels sont les ménages concernés.

Méthodologie

L’indicateur

Il croise le nombre de pièces du logement avec le nombre d’occupants et la position de ces occupants (couples, enfant, par âge et sexe des enfants). Trois types de sous-peuplement sont à distinguer : le peuplement « normal », le sous-peuplement modéré et le sous-peuplement prononcé. De la même manière, on distingue le surpeuplement accentué du surpeuplement modéré.

Champ

Il est disponible depuis le niveau infracommunal jusqu’au niveau national. Les données sont uniquement disponibles pour les communes qui comportent des Iris. L’information disponible ne concerne que les logements en « résidence principale ».

Source

Cet indicateur est construit à partir des fichiers détail du recensement de la population de l’Insee.

Précaution de lecture

L’indicateur repose sur le nombre de pièces par logement, et non sur la surface totale du logement. Les modalités de diffusion des surfaces des logements ne sont pas suffisamment précises dans le recensement.

Le contexte

L’espace, ou le nombre de pièces disponibles, constitue une dimension essentielle des conditions de logement des ménages et il importe de savoir combien de personnes sont bien ou mal logées au regard de ce critère.

Le sous-peuplement des logements est bien évidemment plus fréquemment le fait de personnes isolées, des personnes retraitées mais aussi de couples sans enfant. Cela s’explique par des ménages plus âgés dont la taille du logement était adaptée à une situation familiale passée (les enfants ayant quitté le logement). Ce sont surtout des personnes âgées et des propriétaires qui sont dans une situation de sous peuplement.

A l’inverse, les situations de surpeuplement sont essentiellement le fait de couples avec enfant(s) et surtout de familles monoparentales. Les situations de pauvreté étant plus fréquentes pour ces dernières, elles ont de ce fait une moindre capacité à financer un logement adapté à la taille du ménage. En effet, le nombre de pièces et la taille du logement sont équivalents en théorie pour un couple avec des enfants et pour une famille monoparentale avec une composition familiale similaire (même nombre d’enfant, même sexe et même âge pour les enfants). Or, le revenu est plus faible pour ces familles car il n’y a dans ce cas qu’un seul adulte.

Apports de l’indicateur

Cet indicateur permet de mettre en évidence la part des logements dont la taille n’est pas adaptée au nombre de personnes qui l’habitent. Il mesure la part de logements qui disposent d’un nombre de pièces inférieur ou supérieur à la norme par rapport au nombre d’occupants.

Une différenciation s’opère par ailleurs en fonction du statut d’occupation du logement. Les territoires présentant une forte part de ménages sous-peuplés sont généralement ceux au sein desquels la part de propriétaires est la plus forte.

Au niveau national, plus des deux tiers des ménages sont en situation de sous-peuplement. On observe néanmoins un fort contraste entre territoires. Les ménages sous-peuplés se localisent essentiellement en zones rurales, parmi lesquelles celles des départements du Finistère, de Loire-Atlantique et du Nord sont surreprésentées, tout comme les communes relativement faiblement peuplées (moins de 10 000 habitants). Globalement, les communes situées en région parisienne ainsi que les grandes agglomérations de l’hexagone présentent les niveaux de sous-peuplement des logements les plus faibles.

Par exemple, pour la ville de Lons (Pyrénées-Atlantiques, environ 12 000 habitants), ce sont 77 % des logements qui sont en situation de sous-peuplement. Ce chiffre est à mettre en parallèle avec le fort taux de de ménages propriétaires (64% contre 58% au niveau national). A l’inverse, la part des logements surpeuplés n’atteint qu’environ 2,6% de l’ensemble. Par conséquent, seul un quart des logements de la ville est parfaitement adapté au nombre de personnes y demeurant.

Plusieurs facteurs explicatifs entrent en compte. L’augmentation du sous-peuplement des logements1, est essentiellement due à la hausse de la taille des logements, jusque dans les années récentes, en lien avec le développement de l’habitat pavillonnaire. Le vieillissement des personnes âgées dans des conditions plus autonomes, du fait de leur meilleure santé et de l’augmentation de l’espérance de vie, joue également. Ces deux évolutions mettent en lumière le vaste enjeu du renouvellement du parc pavillonnaire des années 1970. A cette époque, une part conséquente des trentenaires et quadragénaires ont contribué à développer ce parc. Ces personnes arrivant aujourd’hui en fin de vie, la question de la reprise de ces logements se pose.

A contrario, le surpeuplement est surtout lié à la hausse des prix de l’immobilier. Il s’observe donc dans des territoires où le marché est tendu. Le surpeuplement des logements est en nette diminution depuis plus de vingt ans, mais reste porté par l’allongement des scolarités, les difficultés d’insertion professionnelle des jeunes, et l’essor de la colocation.

  1. La part des logements en situation de sous-peuplement a augmenté de 65% à 68% entre 1992 et 2013. Cette tendance s'inverse très légèrement dans les dernières années, entre 2006 et 2013, où cette part est passée de 68,3% à 67,9%. Sur cette même période, le sous-peuplement très accentué a progressé de 22,3% à 23,6%.

Que faire de cet indicateur ?

Cet indicateur illustre les difficultés croissantes à mettre en adéquation la taille des logements et le nombre de personnes qui les occupent. Il est paradoxal d’avoir de plus en plus de logements sous occupés dans un contexte de recherche croissante du respect de l’environnement. En effet, la consommation d’énergie des logements est liée à la taille du logement tout autant qu’au nombre de leurs occupants. La densification du territoire constitue donc un enjeu considérable, pour une répartition plus équitable de la population dans l’espace.
Par conséquent, les collectivités ont tout intérêt à réduire les sous-occupations de logements, bien évidemment dans le respect des ménages qui les occupent. Les ménages en situation de sous-peuplement (notamment dans le cas de personnes âgées) sont par exemple source de solidarités familiales (maintien à domicile avec tierce personne, garde d’enfants par les grands-parents) ou intergénérationnelles, qu’il convient naturellement de prendre en compte.

Cela étant, les actions à entreprendre peuvent passer par l’aide à l’adaptation du logement (permettre de scinder des grands logements par exemple), par l’aide à la cohabitation (intergénérationnelle ou pas), ou par l’incitation à des nouveaux modes d’habiter. Ainsi, les communes et les intercommunalités concernées pourraient aider au développement des colocations. En effet celles-ci permettent de limiter la consommation d’espaces et consommation d’énergie, d’accroître le nombre d’habitants dans un territoire déterminé à nombre de logements constants, et de prévenir des situations de difficultés financières par une réduction du coût du logement. La colocation est aussi intéressante pour le propriétaire qui reçoit ainsi des revenus supplémentaires pouvant lui permettre de mieux entretenir son patrimoine, favorisant une meilleure qualité des logements.

L’accompagnement des parcours résidentiels représente un autre moyen de répondre au défi du sous-peuplement. Faciliter les transitions de logement dans le parc social en fonction des évolutions de la composition familiale (naissance, départ d’un jeune, séparation, décès, etc…) et des niveaux de revenus permet de mieux faire correspondre la taille des logements avec leurs occupants.


Les liens pour en savoir plus

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L’objet de cet article est de mettre à disposition une approche globale des enjeux liés à l’indicateur, croisée par une présentation des spécificités territoriales. Si vous souhaitez aller au-delà de l’analyse présentée dans ce site, et notamment obtenir des valeurs pour un territoire (quartier, commune, intercommunalité, département, région, …) vous pouvez prendre contact avec le Compas qui dispose d’outils spécifiques adaptés à votre demande.

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