L’accueil collectif des jeunes enfants : de forts écarts entre offre et besoin

La France manque toujours de places dédiées à l'accueil des jeunes enfants. C'est un enjeu fort pour les territoires, lié à l'emploi et à l'égalité hommes-femmes. L'indicateur présenté ici offre aux acteurs locaux une mesure des besoins en modes de garde collectifs.

Méthodologie

L’indicateur

Il rapporte le nombre de places en établissement d’accueil du jeune enfant (EAJE) au nombre d’enfants de moins de 6 ans.

Champ

Il est disponible depuis le niveau communal jusqu’au niveau national.

Source

Cet indicateur est construit à partir de données provenant de la Caisse nationale des Allocations familiales et du recensement de la population de l'Insee.

Précaution de lecture

Il faut prendre en compte que certaines communes disposent de places intercommunales. De même, quand les communes accueillent au quotidien de nombreux actifs, ceux qui viennent travailler sur la commune sans y demeurer peuvent disposer des modes de garde collectifs pour leurs enfants.
L'indicateur prend uniquement en compte la population résidente par commune, sans inclure ces mouvements de populations liés aux déplacements domicile-travail.

Le contexte

L’attractivité d’un territoire dépend d’éléments immatériels, tels les liens familiaux et amicaux, mais également des ressources en termes d’équipements. Parmi ceux relevant de l’offre de services publics, les places d’accueil pour les jeunes enfants déterminent en grande partie la qualité de vie des familles sur le territoire. Pourtant, la France manque cruellement de places d’accueil pour les jeunes enfants. Un peu plus de la moitié des 2,4 millions d’enfants de moins de trois ans dispose potentiellement d’une place dans un des différents modes d’accueil1.

Les déficits d’accueil observés dans de nombreux territoires résultent de la conjugaison de trois principaux paramètres. Entre le milieu des années 1990 et la fin des années 2000, le nombre de naissances a fortement augmenté, entraînant la hausse du nombre de jeunes enfants à prendre en charge. Parallèlement, le taux de scolarisation en école maternelle a diminué, sous l’effet de choix budgétaires nationaux (baisse de la scolarisation avant trois ans). Ce sont d’autant plus d’enfants candidats aux structures d’accueil collectif. Enfin, l'évolution professionnelle des femmes implique une hausse de la demande.

On constate pourtant une amélioration au cours de ces dernières années. On recense davantage d’assistant(e)s maternel(le)s. Le taux de fécondité a légèrement baissé, et le taux d’accueil des enfants de moins de trois ans dans les écoles maternelles a commencé à remonter en 2012. La capacité théorique d’accueil a sensiblement augmenté entre 2008 et 2012, mais moins rapidement que le nombre d’enfants qui auraient potentiellement droit à une place. De fait, les besoins restent très largement insatisfaits.

Apports de l’indicateur

L’indicateur d’équipement en EAJE permet de mesurer les écarts entre offre et besoin. Les résultats varient considérablement selon les territoires.
L’offre est souvent plus développée dans les villes les plus importantes que dans les petites communes périurbaines ou les communes rurales. Ces dernières présentent en revanche des taux élevés d’équipement en places d’accueil chez les assistant(e)s maternel(l)es indépendantes. Les départements du pourtour méditerranéen et ceux proches des Alpes, ainsi que la ville de Paris sont relativement mieux couverts. En 2013, on compte par exemple jusqu’à 74 places pour 100 enfants de moins de 6 ans dans la commune de France métropolitaine la mieux pourvue. A titre de comparaison, le taux atteint à peine 9 % sur l’ensemble du pays.

Les départements du quart nort-est du pays sont les moins bien équipés. On compte ainsi moins de cinq établissements d’accueil pour 100 enfants dans ces territoires. Certaines communes accusent de forts déficits, avec des taux d’équipement nuls, synonymes d’absence de structure de garde collective. Des solutions de gardes individuelles peuvent pallier ce manque, mais restent financièrement bien moins accessibles pour les familles les moins aisées ou pour les parents devant faire face à une urgence (par exemple, suite à l’accès à un emploi pour les ménages en situation de précarité d’emploi).

Un des critères clé à prendre en compte dans l’équipement en mode en garde des jeunes enfants est l’activité des femmes. Un déficit d’EAJE peut devenir préjudiciable à l’emploi des femmes si les solutions pour faire garder les enfants sont insuffisantes. Le graphique ci-dessous croise ces deux variables. De forts écarts s’observent entre communes. Par exemple, la commune A2 (environ 6 000 habitants) présente un taux d’équipement très élevé et satisfaisant au regard de la part élevée des femmes actives sur son territoire. Au contraire, pour la commune B (environ 5 500 habitants), ce sont près de trois-quarts des femmes qui sont actives, alors que le taux d’équipement est très faible (environ 3 places en EAJE pour 100 enfants).

L’accès n’est pas non plus égal pour tous les types de famille. L’insuffisance en taux d’équipement pénalise d’abord les familles aux revenus les plus faibles. L’accès aux EAJE représente une solution moins couteuse que le recours aux assistant(e)s maternel(le)s. Les enfants issus de familles monoparentales sont également exposés. Ils ne bénéficient que très rarement d’un accès privilégié aux crèches, alors que les solutions pour prendre en charge l’enfant sont contraintes par la présence d’un seul parent.

  1. Source : Caisse nationale des allocations familiales

  2. Les communes ont été anonymisées mais correspondent à des valeurs réelles.

Que faire de cet indicateur ?

Pour les politiques publiques, l’enjeu majeur dans le domaine de la petite enfance est l’adéquation entre l’offre et les besoins. Il paraît naturellement irrationnel d’implanter une structure d’accueil dans chaque commune ou quartier de manière systématique. Le défi se situe plutôt dans l’articulation de l’offre au niveau intercommunal, afin de tendre vers un équilibre territorial bénéfique autant que possible à toutes les communes. Les solutions envisagées en termes d’offre dépassent en effet le cadre communal. Les EAJE municipaux accueillent généralement en priorité les enfants domiciliés sur la commune, ce qui n’est pas le cas des établissements privés (micro-crèches, crèches d’entreprises) qui accueillent le plus souvent les enfants sans condition de lieu de résidence.

Le domaine de la petite enfance est par ailleurs caractérisé par une pluralité d’acteurs. Les actions entreprises par les communes gagnent en efficacité lorsqu’elles sont mises en place de manière concertée avec ces acteurs (Caf, Conseils départementaux, acteurs privés…).

Les enjeux liés aux équipements dédiés à la petite enfance vont au-delà des besoins des jeunes enfants. Ils constituent un déterminant de l’emploi sur les territoires. Les solutions en mode de garde sont une préoccupation des employeurs vis-à-vis de leurs salariés. Un déficit d’offre en EAJE peut surtout représenter un frein pour l’emploi des femmes, soit pour l’insertion sur le marché du travail des jeunes mères, soit pour le maintien dans l’emploi dans les années qui suivent la naissance.

La scolarisation précoce des enfants, avant 3 ans, peut par ailleurs constituer pour les communes une alternative à l’insuffisance ou à l’absence de mode de garde, sans pour autant abandonner cette compétence décentralisée dans les faits.

Dans l’évaluation des besoins, cet indicateur mérite également d’être complété par les dynamiques migratoires du territoire. Il convient d’appréhender finement les types de populations récemment installées sur la commune ou l’EPCI, dans la mesure où les jeunes parents (25-34 ans), plus mobiles que les autres générations, sont davantage susceptibles de créer des besoins en mode de garde. La part de femmes travaillant à temps partiel ainsi que la proportion d’actifs travaillant hors du territoire constituent deux autres indicateurs complémentaires témoins des besoins en mode de garde.


Les liens pour en savoir plus

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L’objet de cet article est de mettre à disposition une approche globale des enjeux liés à l’indicateur croisée par une présentation des spécificités territoriales. Si vous souhaitez aller au-delà de l’analyse présentée dans ce site, et notamment obtenir des valeurs pour un territoire (quartier, commune, intercommunalité, département, région, …) vous pouvez prendre contact avec le Compas qui dispose d’outils spécifiques adaptés à votre demande.

Enfin, le Compas a créé un outil extranet accessible par abonnement qui reprend les indicateurs clés d’un territoire déterminé, des possibilités de comparaisons spatiales, des cartographies et un suivi de ces indicateurs dans le temps. Si vous souhaitez nous contacter, le Compas reste à votre disposition : contact@compas-tis.com

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