La vulnérabilité socio-économique des ménages, une mesure transversale des populations plus fragiles face à l’emploi

Face à la crise de l'emploi, plusieurs facteurs déterminent l'exposition des ménages au risque de vulnérabilité socio-économique (chômage ou précarité de l'emploi, garanties offertes par le niveau de diplôme, composition des ménages...) .
L'indicateur présenté ici intègre ces différentes dimensions et permet de territorialiser les politiques publiques destinées à ces publics.

Méthodologie

L’indicateur

L’indicateur synthétique de vulnérabilité socio-économique des ménages permet de mesurer sur les territoires la part des ménages qui sont plus susceptibles que les autres de présenter des difficultés socio-économiques. Il est composé à partir du lien à l’emploi ou au non emploi des adultes, aux conditions de travail des personnes, au secteur d’activité, au niveau de formation, et à la structure des ménages.

Champ

Il est disponible depuis le niveau infracommunal jusqu’au niveau national. Il porte sur l’ensemble des ménages dont la personne de référence est âgée de moins de 65 ans. Les données sont uniquement disponibles pour les communes qui comportent des Iris.

Source

Cet indicateur est construit à partir des fichiers détail du recensement de la population de l’Insee.

Précaution de lecture

L’indicateur est composé à partir de 8 facteurs de risque fortement corrélés. Les individus en situation de monoparentalité occupent par exemple plus fréquemment des emplois précaires que les autres types de famille. L’indicateur peut donc amplifier la mesure des situations de difficultés rencontrées par les ménages. L’intérêt reste néanmoins de resserrer l’analyse autour de l’observation de ce type de public qui réunit plusieurs conditions jugées difficiles vis-à-vis de l’emploi, justifiant sa vulnérabilité.

Qu’est-ce qu’un ménage ?

Un ménage, au sens du recensement de la population, désigne l’ensemble des personnes qui partagent la même résidence principale, sans que ces personnes soient nécessairement unies par des liens de parenté. Un ménage peut être constitué d’une seule personne. Le nombre de ménages et le nombre de résidences principales sont égaux.

Le contexte

Le marché du travail est marqué depuis 40 ans par de profondes transformations. Le secteur de l’industrie, après celui de l’agriculture, a connu un déclin marqué à partir des années 1970. La tertiarisation de l’économie, qui a suivi ces déclins, marque le pas depuis 2008. La croissance économique a dès lors considérablement ralenti. Les périodes de reprise de l’emploi (entre 1997 et 2001, entre 2006 et 2008) n’ont jamais permis de revenir au plein emploi. Dans un contexte de poursuite du déclin industriel, le chômage s’accroît, accompagné par une montée de la précarité. Depuis un quart de siècle, le chômage demeure à un niveau élevé. Une situation qui rend particulièrement difficile l’insertion des jeunes générations les moins qualifiées, mais également des catégories habituellement moins touchées comme les hommes ou les plus de 50 ans.
Les horizons de vie de nombreux ménages sont donc fragilisés par ces transformations, tout particulièrement lorsqu’ils sont constitués d’un seul parent. Les situations de pauvreté sont ainsi plus fréquentes pour les familles monoparentales, du fait de la présence d’un seul revenu pour faire face aux charges fixes. Enfin, le niveau de diplôme reste déterminant vis-à-vis des effets de la crise. Le titre scolaire est la meilleure assurance d’une intégration professionnelle réussie. Les catégories de diplômés jusqu’au niveau bac ont été les premières exposées à la hausse du chômage ces dernières années.

Apports de l’indicateur

Cet indicateur offre une vision synthétique de la vulnérabilité des ménages sur le plan socio-économique sur un territoire en intégrant différents angles d’analyse (emploi, monoparentalité, niveau de formation, présence de jeunes(s) enfant(s)). La prise en compte de ces différents facteurs, dépassant le strict champ de l’emploi, permet de mieux cerner les ménages les plus fragiles ou ceux amenés à le devenir. Il permet ainsi de repérer les territoires dans lesquels les ménages réunissant plusieurs facteurs de risque sont surreprésentés, et donc ceux où les besoins sont les plus accentués.
Dans son interprétation, il faut préciser qu’aucun des 8 critères utilisés dans sa formule ne constitue à lui seul un facteur majeur de fragilité des ménages. En revanche, la probabilité qu'un ménage présente des difficultés socio-économiques augmente fortement dès qu'il se retrouve dans plusieurs des situations décrites. C'est le cumul de plusieurs de ces facteurs de risque qui crée la vulnérabilité et ce quel que soit le quartier d'habitation.
L’indicateur est à interpréter en fonction de niveaux de comparaison, permettant de situer le territoire à la lumière notamment des références départementales et régionales. Les territoires sont ainsi hiérarchisés suivant le niveau de vulnérabilité des ménages qui y vivent. L’intérêt réside dans la possibilité d’identifier les effets de concentration de ces facteurs de risque, c’est-à-dire les territoires les plus touchés.

Par exemple, pour la commune de Rochefort, ce sont près de 15% des ménages qui sont considérés comme vulnérables. A l’échelle du département (Charente-Maritime) et de la région (Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes), un effet de concentration de ces ménages au sein de la commune s’observe. L’indicateur y est d’environ six points supérieur au niveau départemental et de sept points au niveau régional. Cette situation s’explique notamment par la structure économique des emplois sur la commune, dominée par l’activité industrielle, secteur d’activité fragile touché plus que les autres par la crise, ainsi que par le taux de chômage élevé (22% contre 13% au niveau national en 2012).1

L’indicateur se prête également aux analyses à l’échelon infra-communal. A ce titre, l’indicateur montre à quel point les ménages habitant les quartiers prioritaires sont plus susceptibles que les autres de présenter des difficultés socio-économiques. La composition sociale de ces quartiers, caractérisée par la présence plus importante de populations moins diplômées, accentue encore les effets de la récession.

  1. Taux de chômage au sens de l'Insee, construit à partir des données provenant des recensements de la population.

Que faire de cet indicateur ?

Les effets de la crise économique sur l’emploi se transcrivent sur les territoires. Certains publics sont plus concernés que d’autres par la dégradation de la situation socio-économique. Les jeunes, les personnes peu qualifiées et les plus de 50 ans sont davantage exposés que le reste de la population. La situation de l’emploi reste conditionnée par des facteurs macro-économiques et conjoncturels, qui dépassent les marges de manœuvre des collectivités. Les acteurs publics locaux peuvent néanmoins agir sur différents plans.

Il s’agit d’abord de soutenir les publics dans leur démarche d’insertion ou de réinsertion professionnelle. Cela implique de faciliter les parcours d’accès à la formation ou à l’emploi, et de faciliter le rapprochement des acteurs économiques locaux et des acteurs de l’insertion professionnelle. Des mesures peuvent être mises en œuvre dans le cadre d’aides à l’orientation professionnelle, d’accompagnement aux formations qualifiantes, en réseau avec les entreprises du territoire.

Dans les cas où les qualifications des actifs ne correspondent pas aux offres locales, des aides à la mobilité permettent de soutenir les demandeurs d’emploi dans leur démarche au-delà de la zone du bassin d’emploi, notamment pour les jeunes en phase d’autonomie.
Une attention particulière mérite d’être portée aux familles monoparentales, afin de les aider à concilier vie familiale et vie professionnelle. La prise en charge des enfants en bas-âge et des jeunes enfants hors temps scolaire offre par exemple la possibilité aux parents de retrouver le chemin de l’emploi plus rapidement.

Ces actions sont enfin à concevoir plus spécifiquement en faveur des quartiers prioritaires de la politique de la ville, où la concentration des ménages fragiles est la plus forte. Les collectivités locales peuvent d’abord favoriser l’implantation des entreprises dans ces quartiers, en travaillant avec les différents acteurs à un échelon intercommunal, et en promouvant un recrutement de personnes résidant au sein même de ces territoires. Le développement de l’offre d’accueil dédiée à la petite enfance permet aussi de créer des conditions favorables au maintien ou au retour à l’emploi. Une réponse adaptée en équipement aux demandes de modes de garde permet ainsi de lever un frein majeur à l’emploi.

Les liens pour en savoir plus

Chômage : qui est touché par la crise ?

Le temps partiel,une réserve d’emplois ?

En matière d’emploi, les métropoles ont davantage résisté à la crise


L’objet de cet article est de mettre à disposition une approche globale des enjeux liés à l’indicateur, croisée par une présentation des spécificités territoriales. Si vous souhaitez aller au-delà de l’analyse présentée dans ce site, et notamment obtenir des valeurs pour un territoire (quartier, commune, intercommunalité, département, région, …) vous pouvez prendre contact avec le Compas qui dispose d’outils spécifiques adaptés à votre demande.

Enfin, le Compas a créé un outil extranet accessible par abonnement qui reprend les indicateurs clés d’un territoire déterminé, des possibilités de comparaisons spatiales, des cartographies et un suivi de ces indicateurs dans le temps. Si vous souhaitez nous contacter, le Compas reste à votre disposition : contact@compas-tis.com

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