La diminution de la taille moyenne des ménages amplifie les besoins en logements

L’évolution des modes de vie et des compositions des ménages génère une évolution du peuplement des logements.
L’indicateur présenté ici propose une analyse des causes et des conséquences de ces évolutions de peuplement sur la dynamique démographique des territoires.

Méthodologie

L’indicateur

La taille moyenne des ménages mesure le peuplement des logements. Il indique la moyenne du nombre de personnes résidant habituellement dans chaque résidence principale. Il est calculé par le rapport entre la population des ménages (personnes qui vivent sur la commune de façon permanente en logement ordinaire) et le nombre de résidences principales (logements occupés de façon permanente et à titre principal par un ménage).

Champ

La taille moyenne des ménages est un indicateur disponible depuis le niveau infra-communal jusqu’au niveau national, Dom compris. Il porte sur l’ensemble des habitants des logements ordinaires.

Source

Cet indicateur est construit à partir des fichiers chiffres-clés du recensement. Des données historiques sont disponibles à partir du recensement de 1990 en infra-communal, et de 1962 à la commune et au-delà.

Précautions de lecture

Cet indicateur ne porte que sur la population des ménages, il exclut de fait l’ensemble des personnes vivant hors logement ordinaire, c’est-à-dire en collectivité, habitations mobiles, mariniers ou sans-abris.

Le contexte

La taille moyenne des ménages reflète le peuplement ordinaire des logements. Il indique le nombre moyen de personnes vivant dans chaque logement. Depuis le début des années soixante sa valeur a fortement diminué, elle est passée de 3.08 personnes par ménage en France (France entière) en 1968 à 2.25 personnes en 2013. Cette évolution de la taille moyenne des ménages reflète d’une part le vieillissement de la population et d’autre part l’évolution des structures familiales et composition des ménages. Ainsi, alors qu’un tiers de la population était âgée de moins de 20 ans en 1968, cette classe d’âge ne représente plus qu’un quart des habitants de France en 2013. A l’inverse, la part des populations les plus âgées a fortement augmenté, passant de 17% à 24% de la population sur la même période pour les 60 ans et plus.
Dans le même temps, l’évolution des habitudes de peuplement a généré une évolution des compositions des ménages :
- les personnes seules sont de plus en plus nombreuses (jeunes adultes et personnes âgées vivant seuls), elles représentent 35% des ménages en 2013 contre 27% en 1990 - le nombre et la part des familles monoparentales augmentent pendant que les familles nombreuses diminuent (24% des familles avec enfant(s) sont monoparentales en 2013 contre 13% en 1990 ; et 18% sont des familles nombreuses – 3 enfants et plus – contre 21% en 1990) - le nombre moyen d’enfants par famille a diminué, portant à 1.84 enfants par famille pour ceux vivant au domicile de leurs parents en 2013 contre 1.90 en 1990.

Apport de l’indicateur

La taille moyenne des ménages permet de repérer les caractéristiques majeures d’un territoire en termes de peuplement : plus la taille moyenne des ménages est élevée, plus la part des familles avec enfants parmi les ménages est importante. Inversement, plus la taille moyenne des ménages est faible plus la proportion de personnes vivant seule y est élevée. Ainsi on observe le plus souvent des tailles de ménages inférieures à 2 personnes par ménage sur les grandes villes qui sont les territoires d’accueil des populations de jeunes étudiants et ou entrant dans la vie active, tandis que les communes résidentielles présentent le plus souvent une taille moyenne des ménages élevée caractéristique de la présence de populations plus familiales.
La taille moyenne des ménages est très faible sur les territoires vieillissants, où les proportions de personnes âgées dans la population sont importantes, tandis que les territoires « jeunes », à forte présence de familles avec enfants présentent des tailles moyennes des ménages élevée.
De plus, il existe un lien entre la taille moyenne des ménages et le taux de polarisation de l’emploi (indicateur de concentration de l’emploi) caractérisé par le fait que les territoires résidentiels au faible taux de polarisation (où l’emploi est beaucoup moins présent que la population active) présentent une taille des ménages souvent élevée quand les territoires d’emploi connaissent une faible taille des ménages liée à la présence en leur sein de populations cherchant à se rapprocher de l’emploi et des services (les étudiants, les jeunes actifs, les personnes âgées, les familles monoparentales…), soit des ménages plus petits.
Le classement des 2 078 communes de France de 5000 habitants et plus permet de repérer 512 communes dont la taille moyenne des ménages est inférieure à 2 personnes par ménage, contre 16 communes pour lesquelles elle dépasse 3 personnes par ménage.

Que faire de cet indicateur ?

L’analyse de cet indicateur est intéressante dans sa dynamique. La tendance française est à la diminution. Par définition, lorsque la taille moyenne des ménages diminue, le nombre de personnes accueilli en moyenne dans chaque logement diminue. De fait, un territoire, pour accueillir un même volume de population, doit nécessairement augmenter son parc de logements. La diminution de la taille moyenne des ménages amplifie alors les besoins en logements qui ne répondent pas seulement aux évolutions attendues des populations. 100 résidences principales permettaient de loger 312 personnes en 1962 ; en 2013 ces 100 résidences principales ne permettent plus de loger que 225 personnes. Le calcul du volume de logements à construire pour maintenir la population est appelé le point-mort. La prise en compte de l’évolution de la taille moyenne des ménages permet ainsi d’anticiper les besoins des territoires en termes de logements en fonction des objectifs de ces derniers en matière de développement démographique.
L’augmentation du parc de logements nécessaire au maintien d’un même volume de population s’accompagne également d’une tendance générale à l’augmentation de la taille des logements : 19.1% des logements de France métropolitaine étaient des petits logements (résidences principales d’1 ou 2 pièces) en 1999, ils représentent 18.3% des logements 14 ans plus tard. 12% présentaient une superficie inférieure à 40m² en 1999, ils représentent 10% des résidences principales en 2013. Ainsi, la diminution de la taille des ménages s'accompagnant d'une augmentation de la taille des logements, en surface comme en nombre de pièces, l'urbanisation des territoires et le sous-peuplement des logements s'amplifient par la même occasion.
La plupart des territoires de France connaissent une dynamique d’évolution de la taille moyenne des ménages qui suit la tendance nationale, c’est le cas de l’ensemble des départements de France, y compris les DOM, à l’exception de 3 départements d’Ile-de-France (Paris, Les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne) qui voient leur taille moyenne des ménages augmenter de 0.01 à 0.012 points.

Deux catégories de territoires font exception : les territoires en fort développement démographique, qui ont connu une arrivée importante de populations nouvelles, souvent des familles avec enfant(s), et certains territoires concentrant des populations à fortes difficultés socio-économiques. On retrouve en effet dans cette dernière catégorie un certain nombre de quartiers de la politique de la ville pour lesquels les situations de précarité face à l’emploi peuvent générer des phénomènes de cohabitations qui perdurent et génèrent une augmentation de la taille des ménages.

Depuis les derniers recensements la diminution de la taille moyenne des ménages se ralentit, en France métropolitaine comme sur de nombreuses communes. Nombre de programmes de développement urbain tiennent compte de la diminution observée de la taille moyenne des ménages sur les périodes intercensitaires précédentes (1999-2006 le plus souvent) pour la détermination des volumes de logements à construire. Le ralentissement observé du rythme de diminution de la taille moyenne des ménages, s’il se prolonge, va engendrer un point-mort (nombre de logements à construire pour permettre un maintien de la population au vu de la diminution du peuplement par logement observée) plus faible qu’attendu, et peut participer à une augmentation des populations plus importante que celle anticipée par les programmes de développement urbain. Cet élément peut avoir des conséquences sur les besoins en termes d’équipements du territoire.
La comparaison entre le rythme d’évolution de la taille moyenne des ménages en France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer montre un effet de rattrapage de ces départements. En effet, il a fallu une trentaine d’années en France métropolitaine pour passer d’une taille des ménages de 3.1 à 2.6 personnes par ménage (entre 1962 et 1990) tandis que cette évolution a pris moins de 15 ans dans les DOM (entre 1999 et 2013).
Cette diminution de la taille moyenne des ménages reflète également une harmonisation du nombre de personnes par logements : parmi l'ensemble des communes de 5 000 habitants et plus de France métropolitaine, les variations de la taille moyenne des ménages entre les communes ont diminué : celle-ci s'échelonnait de 2.25 à 4.75 personnes par ménage en 1962, avec un écart-type de 0.32, elle varie de 1.63 à 3.42 personnes par ménages en 2013, avec un écart-type de 0.25. Ces observations semblent indiquer que la taille moyenne des ménages ne devrait plus diminuer aussi significativement à l’avenir.

Les liens pour en savoir plus

Taille des ménages : vers une stabilisation ?

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L’objet de cet article est de mettre à disposition une approche globale des enjeux liés à l’indicateur croisée par une présentation des spécificités territoriales. Si vous souhaitez aller au-delà de l’analyse présentée dans ce site, et notamment obtenir des valeurs pour un territoire (quartier, commune, intercommunalité, département, région, …) vous pouvez prendre contact avec le Compas qui dispose d’outils spécifiques adaptés à votre demande.

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